L’infrastructure financière africaine ne se construit pas seulement avec du code, mais en s’intégrant directement dans le flux de la monnaie. C’est cette ambition qui a guidé TeamApt, une entreprise fondée en 2015 par Tosin Eniolorunda, pour évoluer d’un fournisseur de logiciels bancaires vers un acteur stratégique des rails de paiement nigérians. Aujourd’hui, l’entreprise opère comme une filiale au sein du groupe Moniepoint, dirigé par Eniolorunda lui-même.
Une évolution marquée par le contexte réglementaire
Lorsque Dennis Ajalie a rejoint TeamApt en 2018 en tant que directeur senior du développement commercial, la société disposait de deux produits et demi, principalement axés sur la réconciliation des suivis manuels. Cette période coïncidait avec une phase de formation du secteur fintech au Nigeria, où les startups avaient levé un record de 103,4 millions de dollars. Cependant, la régulation demeurait incertaine ; une politique en projet de la Banque Centrale du Nigeria (CBN) prévoyait de nouvelles exigences de licence et des seuils de capital plus élevés. Selon le cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC), bien que les fintechs fussent centrales pour les ambitions d’inclusion financière et de cashless de la CBN, le secteur n’avait alors aucun cadre réglementaire dédié.
La situation a radicalement changé. En 2024, le secteur fintech nigérian a levé 520 millions de dollars en financement d’équité, tandis que la Banque Centrale est devenue le régulateur de facto. Moniepoint Group, l’un des plus grands fintechs axés sur les PME au Nigeria, a récemment levé 200 millions de dollars. Ajalie, également développeur logiciel, dirige désormais TeamApt en tant que directeur général, transformant ce qui était une entreprise logicielle bancaire en une infrastructure stratégique.
De Profectus à AptPay : la maîtrise des flux
La vision initiale d’Eniolorunda reposait sur l’idée que la technologie devait situer les utilisateurs entre eux et les banques. En 2018, il déclarait : « L’argent et le bonheur sont fondamentaux pour l’existence humaine. Au centre de l’argent et du bonheur se trouvent les banques, car c’est là que les gens épargnent leur argent. Nous pensions que si nous pouvions créer des solutions technologiques qui les implémentent correctement, nous aurions gagné, car cela ne changera pas jusqu’à ce que Jésus vienne ».
Pour concrétiser cette vision, TeamApt a développé plusieurs produits clés. Profectus, lancé en 2016, fut le premier produit de l’entreprise. Il automatisait le suivi manuel des transactions, la correspondance des paiements entrants et la résolution des erreurs. Il a été utilisé par des banques comme Zenith, FCMB et Sterling au Nigeria, ainsi qu’au Ghana. Le premier client de TeamApt fut Computer Warehouse Group pour une solution de paiement, permettant le démarrage en autofinancement, suivi par Fidelity Bank comme premier client bancaire.
En 2016, Olympos a été lancé comme une solution d’acquisition pour automatiser les collectes de paiement et le processus d’acquisition, notamment pour les commerçants de terminaux de point de vente (PoS). En 2018, ce produit a évolué vers Moneytor, un service de banque numérique permettant aux institutions financières de suivre les transactions via des interfaces web et mobiles. Des banques comme Sterling Bank (OnePay) et Unity Bank (Unifi app) ont utilisé Moneytor, tandis que TeamApt a réalisé des travaux d’interface utilisateur avec FCMB et Stanbic.
L’intégration dans les rails de paiement
Au-delà des outils, TeamApt a voulu s’insérer dans le flux de transaction lui-même. Le moteur de commutation de paiement AptPay a été prêt en 2018, mais son déploiement effectif a suivi des étapes spécifiques. Cette infrastructure invisible relie les banques, les fintechs et les commerçants via des commutateurs, des passerelles et des systèmes de règlement. En passant d’outils pour les banques à une infrastructure qui gère le mouvement réel de l’argent, TeamApt a consolidé sa position au cœur du système financier nigérian.
Cette évolution reflète une tendance plus large où les infrastructures techniques deviennent le véritable actif des fintechs africaines, dépassant la simple application client pour contrôler les rails sous-jacents qui permettent à l’économie numérique de fonctionner.