Visa mise sur trois piliers stratégiques pour sécuriser son avenir au-delà des cartes de paiement traditionnelles. La société investit massivement dans les stablecoins, le traitement des transactions et la détection de fraude, des domaines qui pourraient redéfinir son modèle économique face aux pressions réglementaires croissantes.

Une croissance explosive dans les services à valeur ajoutée

Le segment des services à valeur ajoutée de Visa a enregistré une croissance impressionnante de 34 % au dernier trimestre, atteignant 3,8 milliards de dollars. Ce chiffre représente près d’un tiers des revenus totaux trimestriels de la société, soit 11,6 milliards de dollars. Cette performance s’explique par les investissements ciblés dans trois domaines clés : les stablecoins, le traitement des transactions et la lutte contre la fraude.

Les stablecoins : Visa au cœur de l’écosystème

Ryan McInerney, PDG de Visa, a confirmé que la société investit sur l’ensemble de la chaîne de valeur des stablecoins. Visa a rejoint Open Standard, un consortium de plus de 140 entreprises travaillant sur l’Open USD, et a lancé la Visa Stablecoin Platform. Cette plateforme permet aux banques et fintechs de créer, échanger et transférer des stablecoins, tout en offrant une infrastructure de portefeuilles en chaîne. Visa soutient déjà plus de 160 programmes de cartes stables et permet le règlement en stablecoins sur neuf blockchains différentes.

Pismo : une acquisition stratégique pour le traitement des transactions

En 2023, Visa a acquis Pismo, une plateforme cloud-native de banque centrale et de traitement des transactions, pour un milliard de dollars. Depuis cette acquisition, Pismo a été déployé dans 19 nouveaux marchés. Un développement majeur est l’accord conclu avec Wells Fargo pour migrer vers le grand livre de comptes central de Pismo, un coup dur pour les systèmes légataires bien établis. Visa combine désormais Pismo avec son unité Visa DPS pour créer le produit DPS Full Service Credit, une offre intégrée de traitement des débits et crédits destinée aux fintechs et petites banques. Ce produit sera testé au quatrième trimestre 2026 avec un premier client américain déjà signé, avant une généralisation en 2027. DPS traite actuellement plus de la moitié du volume des débits Visa aux États-Unis.

Fraude et intelligence comportementale : deux acquisitions majeures

Visa a récemment réalisé deux acquisitions importantes dans le domaine de la lutte contre la fraude. En décembre 2024, la société a acquis Featurespace pour environ 925 millions de dollars. Cette entreprise fournit un scoring des transactions en temps réel et compte parmi ses clients HSBC, NatWest, Worldpay et Danske Bank. Cette semaine, Visa a annoncé l’acquisition de BioCatch, une société israélienne spécialisée dans la biométrie comportementale, pour 2,4 milliards de dollars en espèces. BioCatch surveille plus de 3 000 signaux lors d’une session, y compris la frappe au clavier, les gestes tactiles et l’orientation de l’appareil. Ces deux acquisitions sont complémentaires : Featurespace traite les anomalies au niveau des paiements, tandis que BioCatch se concentre sur la prise de contrôle des comptes et les fraudes par virement autorisé.

Un modèle économique résilient face aux pressions réglementaires

La stratégie de Visa vise à transformer sa position dominante en infrastructures génératrices de revenus récurrents, indépendamment des frais d’interchange. Cette approche est cruciale alors que les régulateurs européens et britanniques exercent une pression croissante sur ces frais. En se positionnant comme un acteur clé des stablecoins, Visa anticipe la mise en œuvre du cadre réglementaire MiCA dans l’UE. Dans le domaine du traitement des transactions, la combinaison Pismo-DPS place Visa en concurrence directe avec les fournisseurs de services bancaires traditionnels. Enfin, l’acquisition de BioCatch répond à la nécessité accrue de détection comportementale précise, suite aux règles britanniques de remboursement obligatoire en cas de fraude par virement autorisé.

Défis d’exécution et perspectives

L’enjeu pour Visa est de réussir à piloter simultanément ces trois plateformes, chacune nécessitant des compétences techniques, réglementaires et commerciales distinctes. La société doit également faire face à la concurrence accrue dans le secteur des services financiers, notamment de la part de Fiserv et FIS, qui ont récemment acquis l’activité d’émission de Global Payments pour 13,5 milliards de dollars.

Visa se positionne ainsi comme un acteur incontournable de la finance numérique, prêt à relever les défis technologiques et réglementaires de demain.