Stablecon Europe a réuni à Amsterdam les acteurs clés des monnaies numériques, dans une ambiance décontractée mais intense. L’événement a confirmé une chose : le marché des stablecoins est encore en pleine construction, et ceux qui façonnent son avenir sont déjà en mouvement.

L’atmosphère était loin des conventions financières traditionnelles. Jeans, plantes et couleurs vives remplaçaient les costumes et les salles austères. Pourtant, derrière cette apparente décontraction, des discussions sérieuses avaient lieu sur l’infrastructure des paiements numériques. Le secteur est en pleine effervescence, avec des promesses de règlements plus rapides, de frais réduits pour les transferts internationaux et d’améliorations significatives pour les envois de fonds.

Cependant, cette révolution technologique soulève aussi des défis majeurs. La fraude, le respect des réglementations AML et l’exposition aux risques de conformité occupent une place centrale dans les débats. Beaucoup d’entreprises établies restent prudentes, se concentrant sur le B2B pour éviter ces écueils.

Un thème récurrent : les deux prochaines années pourraient profondément transformer l’infrastructure des paiements. La question cruciale reste de savoir quelles entreprises survivront pour en profiter.

Compliance automatisée : le défi invisible

Richard Beverley, CEO de Block Infrastructure, a partagé sa vision d’un avenir où les vérifications de conformité seraient presque entièrement automatisées. Selon lui, les 2 % de transactions encore soumises à des interventions humaines représentent un coût et un risque inutiles. Des modèles d’IA formés sur les données de souscription, les structures de propriété et le comportement des transactions pourraient éliminer ce besoin.

Cette approche technique, bien que peu glamour, pourrait s’avérer décisive. Plusieurs intervenants ont souligné que les véritables gagnants du marché des stablecoins seraient probablement les entreprises d’infrastructure travaillant dans l’ombre sur la confiance, la vérification et l’interopérabilité.

Souveraineté monétaire : le cas africain

La domination du dollar dans l’espace des stablecoins (USDC et USDT en tête) pose des questions de souveraineté, notamment pour les marchés émergents. Mimi Kufuor, COO de KoinKoin, a plaidé pour le développement de stablecoins en monnaies locales en Afrique, afin de protéger l’indépendance économique des régions.

Kene Ezeji-Okoye, CBO d’Ubyx Inc., a mis en garde contre l’attentisme réglementaire : « Si vous n’avez pas aujourd’hui un actif liquide et fiable en chaîne, vous risquez d’être distancé pendant que vous construisez une solution parfaite pour demain. »

L’Afrique et l’Amérique latine en première ligne

Les discussions ont révélé une demande concrète pour les stablecoins dans les régions où la friction des paiements, l’instabilité monétaire et le manque d’accès bancaire sont des problèmes quotidiens. Gideon Greaves, MD de SuperCoin, a souligné les défis de concilier innovation et régulation en Afrique. « Lancer sa propre monnaie est coûteux, les factures n’en finissent pas », a-t-il déclaré. Pourtant, avec l’évolution rapide de la réglementation en Afrique du Sud et ailleurs, posséder ses propres infrastructures pourrait s’avérer payant.

La finance traditionnelle entre en jeu

Les géants comme Mastercard, Visa et Deutsche Bank ont participé activement aux débats, se concentrant sur l’expérience utilisateur, l’interopérabilité et les paiements invisibles. Christian Rau, SVP Digital Assets and Blockchain chez Mastercard, a résumé l’ambition du secteur : « Personne ne veut payer, tout le monde veut consommer. »

Stablecon Europe a confirmé une chose : l’industrie des stablecoins est encore en phase de construction, mais les fondations sont posées. Les acteurs qui réussiront seront ceux capables d’allier innovation, conformité et adaptabilité aux besoins locaux.