Le géant allemand SAP vient d’échapper à une enquête approfondie de l’autorité allemande de la concurrence sur ses pratiques en matière d’extraction des données. Une décision qui pourrait redessiner les dynamiques concurrentielles dans le secteur des logiciels d’entreprise.
Une décision qui clôt… provisoirement
Le Bundeskartellamt, l’autorité allemande de la concurrence, a conclu jeudi qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour engager des poursuites contre SAP pour pratiques anticoncurrentielles. Cette décision intervient après une enquête préliminaire déclenchée par des plaintes de sociétés comme Celonis, spécialisée dans les outils d’analyse des processus. Ces entreprises accusaient SAP de rendre difficile l’accès aux données de ses systèmes ERP, tout en favorisant son propre outil Signavio.
Andreas Mundt, président du Bundeskartellamt, a déclaré que les entreprises doivent pouvoir utiliser leurs données avec des applications tierces. « L’accès non discriminatoire aux données est crucial pour une concurrence effective, surtout avec les grandes plateformes logicielles », a-t-il souligné. L’enquête a révélé que des options d’extraction de données suffisant étaient disponibles, sans preuve de pratiques exclusives.
SAP et Celonis : un bras de fer juridique
SAP a salué cette décision, affirmant que ses clients disposent d’options techniques suffisantes pour extraire et utiliser leurs données avec des solutions de tiers. Cependant, Celonis, qui poursuit SAP devant les tribunaux californiens depuis mars 2025, reste sceptique. La société allemande estime que la décision du Bundeskartellamt repose sur l’hypothèse que l’extraction de données restera possible malgré les nouvelles politiques d’API de SAP, une hypothèse que SAP n’a pas confirmée à ce jour.
Le procès en Californie, initialement prévu pour décembre 2026, a été reporté à 2027 après que Celonis ait amendé sa plainte pour inclure dix revendications. La société affirme continuer à découvrir des preuves de comportements anticoncurrentiels et de vol de propriété intellectuelle.
Les enjeux stratégiques pour les CIO
Pour Scott Bickley, fellow conseiller chez Info-Tech Research, cette décision est un petit soulagement pour SAP, mais ne valide pas son modèle d’accès aux données. « Les CIO peuvent techniquement choisir leurs fournisseurs, mais ils se heurtent à des architectures de réplication coûteuses, des restrictions sur les API, des coûts supplémentaires et des retards de performance », explique-t-il.
Justin Greis, CEO d’Acceligence, y voit un enseignement pour les CIO. « Cela ne signifie pas qu’il faut cesser de poser des questions difficiles à son fournisseur ERP. L’accès aux données, l’intégration d’applications tierces et la migration des charges de travail doivent être évalués dès le processus d’achat. »
Kaan Dincer, CEO de Settle, recommande aux entreprises de négocier les droits d’exportation et l’accès aux API avant même la signature du contrat. « Le coût de votre éventuelle sortie est fixé le jour de l’implémentation, pas celui du renouvellement », avertit-il.
Cette affaire rappelle que la maîtrise des données est devenue un enjeu stratégique majeur pour les entreprises, bien au-delà des simples considérations techniques.