L’infrastructure financière devient le nouveau terrain de bataille des fintechs africaines. Alors que les acteurs traditionnels se concentrent sur l’acquisition d’utilisateurs, une nouvelle dynamique émerge : la monétisation des systèmes qui font fonctionner les transactions. Paga Group, pionnier nigérian des paiements mobiles, mise sur cette tendance avec Paga Engine, une solution clé en main pour les entreprises cherchant à intégrer des capacités financières sans construire leurs propres infrastructures.

Une opportunité économique stable

Le modèle d’affaires des fintechs traditionnelles repose souvent sur le volume de transactions ou l’acquisition coûteuse de clients. En revanche, les entreprises d’infrastructure financière bénéficient d’une position stratégique : elles gèrent simultanément plusieurs flux monétaires. Ce modèle est particulièrement pertinent en Afrique, où les volumes de paiements numériques explosent. Au Nigeria, les transactions digitales ont atteint 1,07 quadrillion de nairas (774,9 milliards de dollars) en 2024, avec un premier trimestre 2025 déjà à 284,99 billions de nairas (206,4 milliards de dollars), selon les données du Nigeria Inter-Bank Settlement System (NIBSS).

Paga Engine capitalise sur cette croissance en offrant des services de paiement, de portefeuille électronique et d’orchestration financière. Les entreprises logistiques, les plateformes digitales et les commerçants peuvent ainsi externaliser la complexité des opérations financières pour se concentrer sur leur cœur de métier.

Des coûts réduits, une expertise externalisée

Construire une infrastructure de paiement interne représente un investissement lourd. Les licences, la conformité réglementaire, la lutte contre la fraude et la maintenance technique engendrent des coûts initiaux élevés – entre 150 000 et 250 000 dollars pour un simple portail de paiement, selon Stripe. Paga Engine propose une alternative en externalisant ces compétences.

En 2025, la plateforme a traité environ 12 milliards de dollars de transactions, soit près de 100 millions d’opérations. Avec des taux de commission estimés entre 0,1 % et 0,3 %, le potentiel de revenus annuels pour Paga Engine se situe entre 12 et 36 millions de dollars. Ramon Bello, directeur général de Paga Engine, souligne que ces revenus proviennent des micro-frais prélevés sur les flux de transactions.

Un marché concurrentiel, mais une valeur ajoutée claire

Paga Engine n’est pas seul sur ce segment. Flutterwave, Paystack (racheté par Stripe) et Onafriq proposent également des solutions d’infrastructure financière. Cependant, Paga mise sur un avantage différenciant : un support opérationnel complet autour de la technologie. La plateforme prend en charge la conformité, la surveillance des fraudes et le support entreprise – des services que les clients devraient autrement développer en interne.

Avec plus de 200 entreprises clientes, dont Meta et Amazon, Paga Engine se positionne comme un partenaire clé pour les acteurs B2B. Les entreprises logistiques, par exemple, peuvent accepter des paiements de livraison, émettre des portefeuilles clients ou rémunérer leurs chauffeurs sans investir dans une infrastructure dédiée.

Conclusion : l’infrastructure comme levier de croissance

Alors que les fintechs africaines continuent d’innover, Paga Engine illustre une tendance plus large : la valeur croissante des infrastructures financières. En externalisant les complexités techniques et réglementaires, les entreprises peuvent se concentrer sur leur croissance. Pour Paga Group, cette stratégie représente non seulement une diversification de ses revenus, mais aussi un moyen de consolider sa position dans l’écosystème financier nigérian et africain.