Nigeria passe à la vitesse supérieure dans sa modernisation fiscale. Le pays s’apprête à révolutionner sa collecte d’impôts grâce à un système national de e-invoicing. Cette initiative ambitieuse vise à surveiller l’activité économique en temps réel, marquant une rupture avec les décennies de déclarations tardives.
Une plateforme nationale pour connecter toute l’économie
Le gouvernement nigérian construit actuellement une plateforme qui pourrait, à terme, relier toutes les entreprises, les systèmes ERP et les logiciels comptables à un seul réseau fiscal. Ce projet s’inscrit dans une course contre la montre : les grandes entreprises sont déjà sous surveillance, tandis que les PME commenceront leur intégration obligatoire dès juillet 2026. Les petites entreprises suivront en 2027, selon un calendrier de trois ans établi par le Nigeria Revenue Service (NRS).
Mohammed Bawa, responsable du programme de e-invoicing au NRS, souligne que l’objectif dépasse la simple collecte d’impôts. « La technologie ne se limite pas à la production de résultats », déclare-t-il. « Nous visons une meilleure visibilité, plus de transparence et une responsabilité accrue pour tous. » Si ce déploiement réussit, le Nigeria disposera pour la première fois d’une vue en temps réel de l’activité commerciale à travers son économie, rendant l’évasion fiscale plus difficile et réduisant les coûts de conformité pour les entreprises.
Le Nigeria rejoint le mouvement africain du e-invoicing
Plusieurs pays africains ont déjà adopté des systèmes de facturation électronique pour améliorer la conformité fiscale. La Tanzanie a lancé son EFDMS en 2010, suivi par le Rwanda avec ses EBM 2 en 2017. L’Ouganda a introduit son EFRIS en 2020, et le Ghana a déployé ses VSDCs en 2023. L’Afrique du Sud prévoit quant à elle de commencer la mise en œuvre obligatoire de son cadre de e-invoicing dès 2028.
Avec plus de 2,5 millions d’entreprises enregistrées, le succès ou l’échec du projet nigérian pourrait servir de modèle pour d’autres marchés émergents engagés dans des réformes fiscales numériques.
Des machines qui communiquent entre elles
Le projet de e-invoicing représente un changement fondamental dans la perception de la fiscalité. Plutôt que de s’appuyer sur des déclarations annuelles et des audits, le NRS construit un système recevant en continu les données de facturation directement des entreprises via des fournisseurs d’accès agréés. Chaque facture transmise porte un numéro de référence unique, permettant à l’autorité fiscale de comparer les ventes réelles avec les déclarations d’impôts.
Emmanuel Edet, directeur par intérim de la Régulation et de la Conformité à l’Agence nationale de développement des technologies de l’information (NITDA), explique que la technologie va bien au-delà de la simple numérisation des factures. « La facturation électronique consiste à créer et échanger des factures électroniquement », précise-t-il. « Mais le concept réel repose sur la communication directe entre machines. » Il illustre cela avec l’exemple d’un supermarché où chaque vente déclenche automatiquement une mise à jour des stocks et, si nécessaire, une commande directe au fournisseur.
Un projet qui pourrait redéfinir la fiscalité en Afrique
Si le Nigeria parvient à mettre en œuvre ce système avec succès, il pourrait non seulement améliorer sa collecte d’impôts mais aussi fournir des données économiques plus riches pour la planification gouvernementale. En cas d’échec, le projet risquerait de rejoindre la liste des initiatives technologiques ambitieuses du secteur public qui n’ont pas tenu leurs promesses.
Cette réforme pourrait bien devenir un modèle pour d’autres pays africains et émergents cherchant à moderniser leur système fiscal.