L’entreprise traditionnelle repose sur une logique de travail en silos : des étapes cloisonnées, des systèmes disjoints et un suivi humain fastidieux. Lua, une startup kényane spécialisée en IA, estime que cette approche est dépassée. Basée à Nairobi, elle vient de lever 5,8 millions de dollars (environ 748 millions de KES) lors d’une levée de fonds en amont pour développer une plateforme innovante. Cette dernière permet de créer des « agents » IA capables d’exécuter des processus métiers complets, de l’onboarding client à la gestion des réclamations.

Une vision disruptive de l’entreprise du futur

Fondée en 2023, Lua mise sur une collaboration étroite entre humains et agents autonomes. Ces derniers opèrent à travers des canaux existants comme Slack, WhatsApp ou l’email, sans nécessiter de nouvelles interfaces. Lorcan O’Cathain, cofondateur, affirme : « Nous participons à la définition mondiale de cette collaboration. Les organisations seront des mélanges d’humains et d’agents IA travaillant ensemble. »

L’IA passe du soutien à l’exécution

Les logiciels d’entreprise traditionnels fragmentent les processus en étapes isolées, chacune gérée par un système ou une équipe distincte. Lua propose une rupture avec ce modèle en permettant à ses agents de traiter des demandes complexes, comme un dossier de prêt, du début à la fin. Ces agents collectent les données, vérifient les conditions et n’escaladent qu’en cas d’incertitude majeure.

Un terrain fertile au Kenya

Les premiers déploiements de Lua se concentrent sur les services financiers kényans, où les retards liés aux traitements manuels sont chroniques. Certains établissements prennent en moyenne 3 à 5 jours pour traiter des prêts non garantis, principalement à cause des vérifications KYC et de validation documentaire. O’Cathain observe : « La compétence la plus valorisée deviendra celle de gérer et améliorer ces agents. »

Vers une nouvelle organisation du travail

Les premières utilisations montrent des modèles organisationnels innovants : de petites équipes supervisant une dizaine d’agents, ou des agents devenant le cœur même du produit. « C’est passionnant de voir combien d’équipes à travers le continent envisagent de scaler leur activité avec ces agents », souligne O’Cathain.

Un marché en pleine mutation

Alors que la plupart des outils d’entreprise se contentent encore d’aider (résumés de documents, suggestions de code), Lua vise un niveau supérieur : des systèmes capables d’exécuter des processus métiers structurés avec peu d’intervention humaine. Cette approche pourrait séduire les entreprises kényanes encore aux prises avec des opérations administratives manuelles et des systèmes fragmentés.

L’humain reste central

Malgré leur autonomie, les agents de Lua ne fonctionnent pas en vase clos. Ils sont conçus pour escalader automatiquement les cas complexes ou réglementés, laissant aux humains le contrôle final. Cette architecture répond à la fois aux contraintes techniques et aux exigences sectorielles, particulièrement dans la banque et l’assurance où la conformité prime.

Lua incarne ainsi une nouvelle vague d’innovation qui pourrait redéfinir l’infrastructure logicielle des entreprises africaines, en particulier dans les secteurs où l’efficacité opérationnelle fait la différence.