L’Afrique en quête d’une productivité accrue

Malgré des taux de croissance parmi les plus élevés au monde, les économies africaines peinent à transformer cette dynamique en une réelle révolution économique. Le problème ? Une croissance trop souvent tirée par l’accumulation de main-d’œuvre et de capital, plutôt que par des gains d’efficacité. La productivité stagne, et la transition vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée, comme l’industrie ou les services, prend du retard. C’est dans ce contexte que le Rapport économique sur l’Afrique 2026 explore l’impact de l’innovation sur la productivité, et donc sur la croissance.

L’IA et le big data au service de l’agriculture et des services publics

Le rapport met en lumière des succès concrets dans plusieurs secteurs clés. L’agriculture intelligente, par exemple, permet d’augmenter les rendements tout en réduisant les coûts. Les plateformes numériques élargissent l’accès aux marchés et au financement, tandis que les énergies renouvelables étendent l’électricité dans des zones mal desservies. Les véhicules électriques créent des emplois et génèrent des revenus à l’exportation. Même les services publics s’améliorent grâce au numérique.

Des infrastructures partagées pour des gains de productivité

Stephen Karingi, directeur de la division Politique macroéconomique à la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, insiste sur un message central : l’adoption de ces technologies est indispensable pour transformer les économies africaines. Il souligne que même des améliorations modestes de la productivité peuvent avoir un impact significatif sur la performance économique. Pour tirer pleinement parti des technologies comme l’IA, il préconise une collaboration régionale pour construire des infrastructures de base communes, à commencer par les centres de données. Ces installations étant très gourmandes en énergie, il plaide pour une meilleure coopération afin d’optimiser l’utilisation des ressources renouvelables abondantes sur le continent.

La jeunesse africaine, moteur de la transformation numérique

Karingi met également en avant le rôle crucial des jeunes dans cette révolution technologique. Leur adoption des nouvelles technologies façonnera l’avenir de l’innovation et de la croissance inclusive. Cependant, il alerte sur les coûts élevés des données, qui excluent encore trop de jeunes Africains de l’économie numérique. Rendre ces technologies accessibles est donc un impératif pour maximiser leurs bénéfices.

Des priorités stratégiques pour libérer le potentiel des données

Le rapport identifie plusieurs axes prioritaires. Il appelle à un renforcement de la gouvernance, avec des cadres légaux et réglementaires plus réactifs, des institutions plus robustes et une cybersécurité améliorée. Il souligne l’importance des partenariats à tous les niveaux pour élargir l’accès aux financements, aux talents et aux infrastructures. La recherche et développement, l’innovation et l’entrepreneuriat doivent aussi être stimulés par des investissements publics et privés accrus, ainsi que par un environnement politique favorable aux start-ups.

Éducation et infrastructures : les piliers de la transformation

Investir dans le capital humain est une autre priorité. Avec des taux de scolarisation et d’alphabétisation encore insuffisants dans de nombreux pays, les systèmes éducatifs doivent être réformés pour mieux répondre aux besoins industriels, notamment en STEM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques). Le développement des infrastructures est également crucial : centres de données, réseaux 5G, systèmes énergétiques et bornes de recharge pour véhicules électriques.

Réformer les financements pour réduire la dépendance aux emprunts coûteux

Le rapport préconise des réformes de l’architecture financière mondiale, incluant une amélioration des mécanismes de résolution de dettes, des notations de crédit et des systèmes fiscaux. Enfin, il insiste sur la nécessité de réduire les risques liés aux investissements dans les technologies de pointe grâce à des mesures comme des incitations fiscales et des garanties de prêt.

Conclusion : vers une croissance durable et inclusive

En conclusion, le Rapport économique sur l’Afrique 2026 dessine une feuille de route claire pour transformer les économies du continent. L’adoption des technologies de pointe, couplée à des réformes structurelles et à des investissements ciblés, pourrait bien être la clé pour passer d’une croissance limitée à une prospérité durable et inclusive.