Les stablecoins révolutionnent-ils vraiment les paiements internationaux ? Derrière l’image simpliste du « sandwich stablecoin », se cache un défi majeur : la confiance. Cette analogie, souvent utilisée pour expliquer le processus de conversion monnaie fiduciaire-stablecoin-monnaie locale via blockchain, occulte les véritables obstacles à l’adoption institutionnelle.

Un modèle technique qui néglige la confiance

Le processus semble simple : une entreprise convertit des devises traditionnelles en stablecoins, les transfère via blockchain, puis les reconvertit dans la monnaie locale de destination. Les banques traditionnelles encadrent le processus, tandis que les stablecoins accélèrent la transaction. Pourtant, cette vision technique ignore l’essentiel : qui vérifie les parties prenantes ? Qui garantit la légitimité de chaque étape ?

Les blockchains peuvent certifier qu’une transaction a eu lieu, mais pas si elle devait avoir lieu. Ce problème de confiance est crucial alors que les stablecoins passent des cas d’usage crypto à la finance institutionnelle. Une transaction peut être validée techniquement tout en laissant des zones d’ombre sur l’identité des parties, les normes de conformité appliquées ou la responsabilité en cas d’anomalie.

La fragmentation des responsabilités

Le modèle actuel disperse les obligations de conformité entre plusieurs acteurs : banques, émetteurs de stablecoins, exchanges, fournisseurs de portefeuilles électroniques et sociétés de paiement locale. Cette fragmentation crée un paradoxe : une transaction unifiée techniquement, mais éclatée institutionnellement.

Prenons l’exemple d’une entreprise en Juridiction A payant un fournisseur en Juridiction B. Le prestataire initial vérifie l’expéditeur, convertit les fonds en stablecoins. Un second acteur reçoit ces stablecoins, les reconvertit et paie le fournisseur. Chacun a effectué son propre contrôle de conformité, mais des questions cruciales subsistent : le destinataire peut-il se fier à la vérification initiale ? Les deux parties appliquent-elles les mêmes standards pour l’identification des bénéficiaires effectifs ou le filtrage des sanctions ?

L’asymétrie informationnelle

Le vrai problème n’est pas technique, mais organisationnel. Les participants échangent encore des documents et attestations via des intégrations bilatérales ou des processus manuels. Un stablecoin peut traverser les frontières en quelques secondes, tandis que les informations nécessaires à l’approbation ou à la réconciliation restent bloquées dans des bases de données séparées.

Raj Dhamodharan, Executive Vice President Blockchain et Digital Assets chez Mastercard, souligne que « la technologie est puissante, mais insuffisante ». Selon lui, c’est l’orchestration globale qui fait défaut. Sans système interopérable pour valider chaque participant et obligation, les paiements en stablecoins resteront des solutions fragmentées plutôt qu’un réseau institutionnel unifié.

Conclusion : vers une couche de confiance interopérable

Le modèle technique existe, mais il lui manque cette couche cruciale de confiance partagée. Comme au début des années 2000 avec les innovateurs de paiement, le véritable défi n’est pas technologique mais organisationnel. Pour devenir un standard institutionnel, les stablecoins doivent résoudre ce paradoxe : une transaction instantanée qui transporte à la fois de la valeur… et sa légitimité.