Les banques centrales repensent la localisation de leurs réserves d’or, un actif stratégique dont la sécurité dépend autant des politiques que des coffres-forts. La récente décision de De Nederlandsche Bank de déplacer 86 tonnes d’or vers Londres illustre cette préoccupation croissante.
Une question de résilience stratégique
Le 2 septembre, la banque centrale néerlandaise a annoncé le transfert d’une partie de ses réserves d’or depuis New York et Ottawa vers Londres. Cette opération, qui ne modifie pas le volume total de 612,4 tonnes détenues, vise à améliorer la tradabilité et à réduire la concentration géographique. Cette initiative s’inscrit dans une réflexion plus large sur la résilience des infrastructures financières critiques.
L’or, souvent perçu comme un actif sans risque de crédit, n’en est pas moins exposé à des risques politiques et opérationnels. L’histoire offre des exemples édifiants : en 1939, la Belgique a vu une partie de ses réserves transférées à la Reichsbank allemande après l’invasion nazie, malgré leur dépôt initial en France. La Suisse, en revanche, a tiré des leçons de ces épisodes en diversifiant ses dépôts entre la Suisse (70%), Londres (20%) et le Canada (10%).
Le piège des corrélations cachées
La diversification géographique ne garantit pas une protection absolue. Les crises majeures, comme la guerre ou les cyberattaques, pourraient créer des corrélations inattendues entre les centres financiers. L’exemple de Long-Term Capital Management en 1998 rappelle que les actifs dispersés peuvent devenir interdépendants lors des chocs systémiques.
Les banques centrales doivent donc trouver un équilibre entre contrôle souverain, liquidité et résilience. La leçon est claire : la sécurité de l’or ne se mesure pas seulement à l’emplacement des coffres, mais aussi à la stabilité politique et juridique des pays hôtes.