Les paiements autonomes ne sont plus une utopie technologique, mais une réalité en cours de déploiement. Pourtant, leur adoption massive bute sur des défis infrastructurels bien concrets.

Alors que l’intelligence artificielle fait régulièrement la une, c’est en réalité l’architecture des systèmes bancaires qui constitue le principal frein aux paiements autonomes. C’est ce qu’a souligné Mick Fennell, directeur de la ligne métier Paiements chez Temenos, lors d’une intervention à Sibos Miami. Selon lui, les institutions financières doivent impérativement moderniser leur infrastructure pour tirer parti de cette révolution.

Des robots qui paient à notre place : la réalité des paiements autonomes

Derrière ce terme futuriste se cache une idée simple : permettre à des systèmes automatisés d’effectuer des transactions en notre nom. Ces ‘agents’ ne se contentent pas de traiter les paiements, ils prennent des décisions sur ce qui doit être payé, quand et selon quelles règles. Aujourd’hui, ces applications sont surtout développées pour les entreprises, dont les processus de paiement complexes se prêtent mieux à l’automatisation que ceux des particuliers.

Cependant, cette technologie ne fonctionne pas en vase clos. Elle repose sur une infrastructure capable de gérer des volumes élevés, des traitements événementiels et des contrôles précis. Les banques encore équipées de systèmes hérités du siècle dernier se heurtent rapidement à ces limites.

Quand l’infrastructure fait dérailler les ambitions

L’échec des projets de paiements autonomes ne vient généralement pas de la technologie elle-même, mais de l’infrastructure qui doit la supporter. Deux couches critiques sont identifiées :

  1. La pile technologique, capable de supporter la vitesse et le volume requis
  2. Le système de contrôle permettant de gérer les risques inhérents à l’automatisation

Les banques doivent pouvoir définir précisément ce que leurs agents peuvent acheter, quels produits utiliser et quelles limites appliquer. Elles doivent aussi surveiller en temps réel ces opérations automatisées.

Le quadrille des monnaies numériques : CBDC, stablecoins et autres

Pour naviguer dans ce paysage en mutation, Mick Fennell propose une classification simple des monnaies numériques :

  • Les CBDC (Central Bank Digital Currencies), monnaie publique émise par les banques centrales, considérée comme la plus stable
  • Les stablecoins, monnaie privée qui connaît un essor rapide mais avec des risques de liquidité et de régulation
  • Les dépôts tokenisés, forme numérique des dépôts clients, particulièrement utile pour les banques
  • Les actifs tokenisés, qui représentent des valeurs réelles sous forme numérique

Chaque type présente des avantages et des défis spécifiques pour les institutions financières.

Vers une banque hybride : traditionnel et tokenisé

L’avenir du secteur bancaire résidera probablement dans un mélange intelligent de finance traditionnelle et tokenisée. Les paiements autonomes ne remplacent pas la confiance, ils l’étendent à des processus automatisés. Le défi pour les banques sera d’intégrer ces nouvelles capacités tout en maintenant leur rôle de gardien de la sécurité financière.

Cette transformation ne se fera pas sans heurts, mais les institutions qui sauront moderniser leur infrastructure tout en gérant efficacement les risques seront celles qui tireront le meilleur parti de cette révolution des paiements.