Près de la moitié des employés sud-africains contournent les restrictions d’utilisation de l’IA imposées par leur employeur, créant une faille de sécurité inédite que les protocoles traditionnels peinent à endiguer. Cette révélation, issue d’une étude de l’Oliver Wyman Forum, met en lumière un défi majeur pour les entreprises locales dans leur course à l’adoption de l’intelligence artificielle générative.

Un périmètre de sécurité redéfini

Les résultats, présentés lors d’un récent atelier sur la cybersécurité à Johannesburg, s’appuient sur les réponses de 903 Sud-Africains. L’étude, dont la publication est prévue pour novembre 2026, révèle que 50 % des sondés ont utilisé des outils d’IA non autorisés au cours de l’année écoulée. Un chiffre probablement en dessous de la réalité, selon Prejlin Naidoo, partenaire chez Oliver Wyman. Cette pratique redessine les contours de la sécurité informatique : le périmètre à protéger s’étend désormais aux employés et aux outils qu’ils utilisent, bien au-delà des réseaux et appareils traditionnels.

Le danger réside dans la facilité avec laquelle les informations sensibles peuvent être copiées vers des modèles de langage publics, sans passer par les canaux sécurisés de l’entreprise. Un phénomène qui touche particulièrement les managers, plus susceptibles que leurs équipes d’utiliser ces outils de manière non autorisée. Leur accès privilégié à des données commerciales et financières confidentielles en fait un vecteur de risque majeur.

Formation et adoption : le décalage persistant

Parallèlement, une étude de Kaspersky en 2025 soulignait déjà un écart criant : si 72,5 % des professionnels sud-africains utilisent l’IA dans un cadre professionnel, seulement 30 % ont reçu une formation sur les risques cybernétiques associés. Le secteur des communications, médias et technologies, pourtant bien équipé en outils d’IA d’entreprise, n’échappe pas à la règle : 31 % de ses employés recourent encore à des solutions non approuvées.

Au-delà de la sécurité : la fiabilité en question

Le problème dépasse désormais le cadre strict de la protection des données. 35 % des personnes interrogées ont observé du travail généré par l’IA présenté comme humain, soulevant des questions cruciales sur l’intégrité des informations intégrées aux systèmes d’entreprise. Cette tendance s’inscrit dans un contexte de confiance accrue des consommateurs envers l’IA, passée de 11 % en 2023 à 44 % aujourd’hui.

Cybersécurité : une approche holistique

Spiros Fatouros, CEO de Marsh Afrique du Sud, rappelle que les récentes cyberattaques contre des compagnies d’assurance locales illustrent l’évolution des menaces. Les attaquants contournent désormais les défenses internes en s’infiltrant via des fournisseurs ou partenaires. Cette réalité impose une vision élargie de la cybersécurité, intégrant l’ensemble des acteurs connectés à l’écosystème d’une entreprise.

Keletjo Chiloane, experte en conseil de carrière chez Marsh, insiste sur la nécessité de repenser fondamentalement l’organisation du travail à l’ère de l’IA. Il ne s’agit pas simplement d’ajouter des outils existants, mais de redéfinir les rôles et compétences pour une collaboration efficace entre humains et machines.

Face à ces enjeux, les entreprises sud-africaines doivent impérativement adapter leurs stratégies de sécurité et de formation pour faire face à cette nouvelle ère technologique.