Les entreprises investissent massivement dans l’IA, mais peinent à mesurer les retombées et à encadrer les risques

Selon une étude commandée par SAP à Oxford Economics, les entreprises font face à un double défi avec l’intelligence artificielle : les risques évoluent plus vite que les cadres de gouvernance, tandis que les bénéfices concrets restent difficiles à quantifier. Cette enquête, menée auprès de 2600 dirigeants dans 13 pays, révèle des investissements en hausse mais des lacunes persistantes dans la gestion de l’IA.

Des investissements en forte croissance

Les entreprises interrogées prévoient de dépenser en moyenne 28 millions de dollars dans l’IA cette année, contre 26,7 millions l’an dernier. Elles anticipent un retour sur investissement (ROI) de 21%, en progression par rapport aux 16% enregistrés précédemment. Les agents IA suscitent particulièrement d’enthousiasme, avec un ROI attendu de 17% cette année contre seulement 10% l’an passé. Pourtant, seul un tiers des répondants estime que leur organisation est bien préparée pour déployer ces technologies.

La gouvernance, talon d’Achille de l’adoption de l’IA

L’étude met en lumière des lacunes critiques dans la gouvernance : seulement 12% des entreprises déclarent avoir les compétences et processus adéquats pour superviser efficacement l’IA. Près de 40% n’ont pas mis en place de processus ‘human-in-the-loop’ pour le contrôle des agents IA, et 63% seulement ont établi des contrôles d’accès appropriés. D’autres problèmes majeurs incluent la mauvaise qualité des données, le manque de formation des employés et l’utilisation généralisée d’IA ‘fantôme’.

Sean Kask, Chief AI Strategy Officer chez SAP, souligne que ces défis de gouvernance représentent un problème plus pressant que la mesure des bénéfices. Il explique : ‘Des risques nouveaux émergent constamment, comme l’apparition soudaine de centaines d’agents IA utilisés sans supervision centrale ou la copie massive de contenus dans des comptes ChatGPT personnels.‘

L’Allemagne en tête des investissements

L’étude révèle que les entreprises allemandes investissent en moyenne près de 40 millions de dollars dans l’IA, un montant supérieur à celui de tous les autres pays sondés. Sean Kask attribue cette position de leader à plusieurs facteurs : des coûts opérationnels plus élevés qu’en Inde, une forte adoption industrielle et un élan politique européen favorable à l’IA. Malgré ces investissements, seulement 47% des entreprises allemandes se déclarent satisfaites de leur ROI, tandis que 77% estiment être loin d’avoir exploité tout le potentiel de l’IA.

Un parcours d’apprentissage continu

Cette apparente contradiction s’explique par un phénomène observé mondialement : les entreprises découvrent progressivement de nouvelles applications possibles pour l’IA au fur et à mesure de leur expérience. Cependant, cette expansion s’accompagne souvent de nouveaux défis en matière d’implémentation et de scalabilité.

Des indicateurs clés à suivre

Sean Kask recommande aux conseils d’administration de surveiller particulièrement un indicateur : le niveau de formation des employés. ‘Sans compétences adéquates, l’adoption de l’IA ne pourra atteindre son plein potentiel’, souligne-t-il. Actuellement, seulement 33% des entreprises interrogées ont des indicateurs clés de performance (KPI) au niveau du conseil d’administration directement liés à la mise en œuvre de l’IA.

Cette étude met en lumière un paradoxe central : alors que les investissements dans l’IA continuent de croître, les entreprises doivent impérativement renforcer leurs cadres de gouvernance pour tirer pleinement parti de cette technologie transformatrice.