L’essor fulgurant des agents IA dans les entreprises crée un défi majeur de gouvernance pour les directeurs des systèmes d’information (DSI). Alors que les employés, même non techniques, développent massivement leurs propres outils automatisés, les organisations doivent trouver un équilibre entre innovation et contrôle des coûts.
Depuis le lancement de leur boutique interne d’IA en mai, plus de 200 employés d’une firme de conseil ont créé 550 agents autonomes. « Environ 15 % de notre personnel développe en permanence des solutions », explique Bret Greenstein, directeur de l’IA chez West Monroe. Cette tendance n’est pas isolée : Microsoft a déployé plus de 500 000 agents internes, tandis que Gartner prévoit que les entreprises du Fortune 500 géreront plus de 150 000 agents d’ici 2028.
L’enthousiasme initial cède la place à la gestion du chaos
Initialement perçue comme une révolution, l’adoption massive des agents IA a rapidement conduit à un phénomène de « sprawl » (prolifération incontrôlée). Michael Murphy, associé chez Adaptovate, observe un changement récent : « Les entreprises cherchent désormais à évaluer la valeur réelle de ces agents et à maîtriser leurs coûts. » Cette prise de conscience intervient alors que les DSI subissent une pression croissante, tiraillés entre les demandes des employés pour plus d’IA, les inquiétudes des directeurs financiers sur les coûts et les attentes des PDG en matière d’innovation.
Des solutions pour encadrer l’innovation
Face à cette prolifération, les entreprises adoptent des stratégies pour maintenir le contrôle sans étouffer la créativité. Tiago Azevedo, DSI chez OutSystems, recommande des contrôles d’accès basés sur les rôles intégrés aux outils. « Nous autorisons leur utilisation, mais de manière gouvernée et sécurisée », précise-t-il.
Ivan Burazin, cofondateur de Daytona, suggère une approche radicale : traiter les agents comme des employés. « Ils reçoivent des tâches et ont accès à des systèmes spécifiques, tout comme un nouvel embauché », explique-t-il. Les entreprises peuvent également recourir au « sandboxing » – des environnements isolés avec des accès limités – pour éviter les risques de sécurité.
Un équilibre délicat à trouver
Alors que certains DSI craignent une perte de contrôle, Burazin rappelle qu’une réglementation stricte des agents est essentielle pour éviter les développements sauvages. « En appliquant la même posture de sécurité qu’avec les humains, vous éviterez bien des problèmes », conclut-il.
L’enjeu pour les entreprises est désormais de transformer cette explosion d’initiatives individuelles en un écosystème maîtrisé, où l’innovation sert réellement la performance globale.