L’avènement des agents intelligents bouleverse les règles de l’économie traditionnelle. Ces entités autonomes, capables d’interpréter des objectifs et d’exécuter des tâches sans intervention humaine, deviennent des acteurs économiques à part entière. Mais quelle infrastructure financière soutiendra cette nouvelle ère ?

Des machines qui prennent des décisions économiques

Pendant plus de vingt ans, j’ai observé des transformations technologiques coûteuses échouer pour les mêmes raisons : le vrai défi n’est pas technique, mais organisationnel. Qui contrôle ce système ? Quelles fonctions critiques avons-nous externalisées sans le vouloir ? Ces questions deviennent encore plus cruciales avec l’arrivée de l’intelligence artificielle agentive.

Contrairement aux outils technologiques traditionnels, les agents intelligents ne se contentent pas de recommander des actions. Ils peuvent désormais les exécuter directement, comme passer une commande ou acheter un service. Cela marque leur entrée en tant qu’acteurs économiques autonomes.

Une infrastructure financière adaptée aux agents

L’IMF souligne dans sa note de 2026 un changement radical : nous passons d’un modèle ‘cliquez-payez’ à un modèle ‘décidez-payez’. Cette transition affecte l’autorisation, le règlement, la liquidité, la conformité et la résilience des systèmes de paiement.

Prenons l’exemple d’un agent de procurement chargé de réduire les coûts. Il évalue plusieurs fournisseurs, vérifie leur réputation, négocie les termes et initie le paiement, ne sollicitant l’approbation humaine que pour les exceptions. De même, un agent logistique pourrait acheter dynamiquement des capacités de transport en fonction de la demande.

Ces scénarios nécessitent une infrastructure adaptée : identité, autorité, confiance, réputation, marchés, portefeuilles et rails de paiement conçus pour des participants autonomes.

La monnaie comme infrastructure : le parallèle du pétrodollar

Le système du pétrodollar offre un précédent historique éclairant. Dans les années 1970, après la fin de l’étalon-or, les États-Unis ont conclu un accord avec l’Arabie Saoudite et l’OPEP pour que le pétrole soit vendu en dollars. Les pays exportateurs ont ensuite réinvesti ces revenus dans des actifs libellés en dollars.

Si le calcul et l’intelligence deviennent les ressources stratégiques du XXIe siècle, comme le pétrole l’a été pour le XXe, l’infrastructure permettant aux machines autonomes d’échanger de la valeur pourrait-elle dominer discrètement le paysage économique ?

Les enjeux géopolitiques de la monnaie numérique

Aujourd’hui, plusieurs initiatives mondiales se dessinent. Les États-Unis ont mis en place un cadre réglementaire pour les stablecoins adossés au dollar, tandis que la Chine développe le yuan numérique. L’Europe avance sur l’euro numérique et les pays BRICS explorent des systèmes de règlement en monnaies locales.

Bien que ces initiatives ne visent pas toutes le même objectif, elles illustrent une tendance claire : l’argent devient partie intégrante de l’infrastructure numérique.

Un avenir incertain mais inévitable

Le rapport annuel 2026 de la Banque des Règlements Internationaux révèle que plus de 99 % des stablecoins adossés à des monnaies fiduciaires sont indexés sur le dollar. Bien que leur utilisation dans l’économie réelle reste limitée, cette tendance pourrait s’accélérer avec le développement des agents intelligents.

L’enjeu est désormais de savoir quelle infrastructure financière émergera pour soutenir cette économie autonome. Les acteurs qui construiront et gouverneront ces ‘rails’ auront un avantage stratégique décisif dans l’économie de demain.