L’Égypte illustre un paradoxe mondial : une adoption massive de l’IA pour le shopping, mais une méfiance tenace envers les paiements automatisés. Une étude Visa publiée mardi révèle que 91% des consommateurs égyptiens utilisent l’intelligence artificielle pour comparer les prix, lire les avis ou trouver des idées de cadeaux. Pourtant, seulement 38% feraient confiance à un agent IA pour finaliser un achat.

Cette étude, menée par Wakefield Research dans le cadre de l’enquête annuelle Stay Secure, interroge 5.800 adultes dans 17 marchés dont l’Égypte, le Kenya, la Nigeria et l’Afrique du Sud. Les résultats mettent en lumière un écart fondamental entre l’enthousiasme pour les outils d’aide à la décision et la réticence à déléguer le processus de paiement.

Une fracture technologique révélatrice

Le scepticisme égyptien s’inscrit dans une tendance régionale. Seuls 23% des Sud-Africains et 29% des Kényans feraient confiance à une IA pour effectuer un achat. Ces chiffres soulignent la défiance persistante envers les systèmes automatisés lorsqu’il s’agit de transactions financières.

Leila Serhan, senior vice president pour Visa dans la région Afrique du Nord, Levant et Pakistan, explique : « Les consommateurs considèrent la protection contre la fraude comme une responsabilité partagée. Ils attendent des institutions financières, gouvernements et prestataires de paiement qu’ils prennent les devants. »

L’explosion des achats sociaux et ses risques

L’étude révèle aussi une transformation rapide du commerce électronique. 85% des Égyptiens ont acheté directement via les réseaux sociaux, mais cette migration vers de nouveaux canaux s’accompagne d’une hausse des fraudes. 36% des victimes de fraude en Égypte déclarent avoir été piégées sur les plateformes sociales.

Les autorités égyptiennes ont déjoué en 2025 des fraudes d’une valeur estimée à 4 milliards EGP (77 millions USD). À l’échelle continentale, une opération Interpol impliquant 16 pays africains a permis d’arrêter 651 personnes et de révéler des escroqueries totalisant plus de 45 millions USD de pertes.

L’enjeu stratégique des paiements autonomes

Alors que Visa, Mastercard et autres géants des paiements préparent l’ère du commerce agentique - où les IA exécutent des transactions avec un minimum d’intervention humaine -, l’étude égyptienne rappelle que l’infrastructure arrive avant la confiance des consommateurs.

Interrogés sur les responsabilités en matière de protection contre la fraude, près de la moitié des Égyptiens citent les autorités gouvernementales comme premiers responsables. Seuls 13% estiment que la responsabilité incombe en premier lieu aux consommateurs.

Le défi pour les entreprises de paiement est clair : comment gagner la confiance des utilisateurs finaux alors que l’IA transforme déjà profondément leurs habitudes d’achat ? La réponse déterminera le rythme de l’adoption des technologies de commerce autonome en Afrique.