Les géants de l’assurance abandonnent la couverture des risques liés à l’intelligence artificielle, créant un vide que les startups se précipitent pour combler.
Alors que l’adoption de l’IA s’accélère dans les entreprises, un problème majeur émerge : les assureurs traditionnels refusent désormais de couvrir les risques associés à cette technologie. Berkshire Hathaway, Chubb et Travelers ont obtenu l’approbation des régulateurs d’État pour exclure les dommages liés à l’IA de leurs polices d’assurance générale. Ces exclusions, déjà effectives dans certains États comme la Floride, le Connecticut et le Maryland depuis janvier, marquent un tournant dans l’industrie.
Une couverture qui se rétrécit
Les assureurs justifient cette décision par l’incapacité à évaluer précisément les risques liés à l’IA. Les nouvelles exclusions concernent non seulement les dommages corporels et matériels, mais aussi les blessures personnelles et publicitaires liées aux sorties d’IA générative. Cela inclut la diffamation, l’infraction au droit d’auteur et les dommages physiques causés par des erreurs d’IA. Ces exclusions s’étendent également aux polices de responsabilité des dirigeants, d’erreurs et omissions et de responsabilité fiduciaire.
Pour les entreprises, cela signifie que des réclamations allant des violations de droits d’auteur aux biais algorithmiques pourraient ne plus être couvertes. Les petites et moyennes entreprises, souvent sans couverture spécialisée, sont les plus exposées. Les tribunaux n’ont pas encore tranché sur l’étendue de ces exclusions, laissant planer une incertitude juridique.
L’émergence d’un nouveau marché
Face à ce retrait des assureurs traditionnels, des acteurs spécialisés se positionnent rapidement. Munich Re et plusieurs startups comme Corgi, Armilla, Mayflower Specialty et Embroker proposent désormais des polices d’assurance responsabilité spécifique à l’IA. Les limites de couverture vont de 2 millions à 50 millions de dollars, avec des primes annuelles variant de quelques centaines à plusieurs centaines de milliers de dollars.
Ce mouvement rappelle l’évolution du marché de la cybersécurité il y a une décennie. À l’époque, les assureurs avaient d’abord refusé de couvrir les cyberattaques avant de développer des produits spécialisés. Aujourd’hui, l’industrie suit un schéma similaire avec l’IA.
Un paradoxe industriel
Paradoxalement, alors que les grands assureurs retirent la couverture de l’IA de leurs polices, ils investissent massivement dans cette technologie pour optimiser leurs propres processus internes. L’IA est utilisée pour automatiser les réclamations, l’évaluation des risques et la gestion des polices. Cette dichotomie illustre les défis de l’industrie à évaluer et absorber les risques qu’elle contribue pourtant à créer.
Pour les entreprises, la recommandation est claire : revoir leurs polices existantes avec leurs courtiers, envisager des couvertures affirmatives spécifiques à l’IA et renforcer leur gouvernance interne. Les assureurs ne déclarent pas l’IA comme non-assurable, mais reconnaissent simplement qu’ils n’ont pas encore les outils pour en évaluer le coût. En attendant, le risque reste du côté des entreprises qui déploient ces technologies.
L’industrie de l’assurance est à un tournant. Alors que les acteurs traditionnels se retirent, une nouvelle génération de spécialistes se prépare à redéfinir les règles du jeu.