L’Afrique regorge d’entreprises dynamiques et rentables, pourtant elles peinent à attirer les investisseurs. Le problème ne tient pas à un manque de capital, mais à une opacité persistante des données financières. Alors que les banques et fonds d’investissement disposent de liquidités, ils restent aveugles face à une économie souvent fragmentée et mal documentée.
Le défi de la visibilité financière
Un entrepreneur sud-africain peut avoir des clients fidèles, un carnet de commandes bien rempli et même des employés à sa charge. Pourtant, son entreprise peut apparaître comme un pari risqué aux yeux d’un prêteur. Pourquoi ? Parce que les indicateurs de santé financière sont dispersés dans des systèmes disparates : relevés bancaires, factures, bulletins de paie, logiciels comptables. Ces éléments, bien que réels, ne forment pas un tableau cohérent pour les institutions financières.
Cette situation crée un paradoxe : l’activité économique existe, mais elle reste invisible pour le système financier. En Afrique du Sud, par exemple, 56 % des PME sont non enregistrées et seulement 7 % ont recours à un prêt bancaire traditionnel pour démarrer leur activité. Le problème n’est donc pas l’absence de données, mais leur inaccessibilité pour les décideurs.
Des solutions émergent
Face à ce constat, des acteurs comme African Bank développent des outils pour transformer cette activité économique en informations exploitables. L’établissement propose désormais des services intégrés : gestion de la paie, accompagnement fiscal et ressources humaines. Ces solutions permettent non seulement d’améliorer l’opérationnalité des entreprises, mais aussi de générer des données structurées.
De son côté, la plateforme 22 On Sloane a lancé KUMii, une solution alimentée par l’IA qui aide les startups africaines à identifier des opportunités de financement et de marché. Ces initiatives montrent qu’une meilleure structuration des données financières pourrait réduire le fossé entre l’activité économique réelle et sa perception par les investisseurs.
Les limites de la digitalisation
Cependant, le chemin reste long. En Afrique du Sud, seulement 50 % des PME ont accès à Internet et 32 % disposent d’un site web. La digitalisation, bien que nécessaire, ne suffit pas à rendre une entreprise “finançable”. Il faut aller plus loin : créer des ponts entre les différentes sources d’information et développer des outils capables de les analyser de manière holistique.
L’enjeu est de taille. En Afrique du Sud, le déficit de financement des PME est estimé à 350 milliards de rands. Pourtant, le nombre d’acteurs prêts à investir dans ces entreprises a plus que doublé depuis 2018. Ce n’est donc pas un manque de volonté des investisseurs, mais une incapacité à évaluer correctement les risques.
Conclusion
L’Afrique a besoin d’une infrastructure financière capable de transformer l’activité économique en données fiables. Les solutions existent, mais leur adoption doit être généralisée. En clarifiant la situation financière des entreprises, on pourrait débloquer des milliards de rands d’investissements et accélérer la croissance du continent.