Hong Kong ambitionne de révolutionner le marché des obligations en réduisant les délais de règlement à seulement 3,5 secondes d’ici 2030. Ce projet audacieux s’inscrit dans le cadre du Digital Bond Development White Paper 2026, un document stratégique qui détaille une feuille de route pour transformer la ville en hub mondial des obligations tokenisées.

Une architecture innovante pour accélérer les transactions

Au cœur de cette initiative se trouve le Digital Asset Clearing Center (DACC), qui propose une architecture en trois couches pour optimiser le règlement des actifs numériques. Le système ChainFusion du DACC agit comme un pont entre les infrastructures financières traditionnelles et les blockchains publiques (comme Ethereum et Conflux Network) ainsi que privées (telles que Canton Network et AntChain). Cette solution vise à réduire les coûts opérationnels de 60 % à 80 %, tout en garantissant la conformité aux normes ISO 20022 et en intégrant des mécanismes de lutte contre le blanchiment d’argent (AML) et de sanctions au niveau protocolaire.

Un calendrier ambitieux en trois phases

Le plan se décompose en trois étapes clés. Dès 2026, Hong Kong prévoit d’émettre des obligations numériques natives sur des registres multi-chaînes, avec des mécanismes de livraison contre paiement (DvP) utilisant des stablecoins, l’e-CNY et le système CIPS. Entre 2027 et 2028, l’infrastructure sera connectée aux rails de monnaie numérique de banque centrale (CBDC) via le Project Ensemble de la Hong Kong Monetary Authority (HKMA), permettant un règlement transfrontalier en continu 24 heures sur 24. Enfin, d’ici 2030, l’objectif est de créer un réseau mondial interopérable pour les obligations numériques et d’établir des normes internationales dans ce domaine.

Des mesures pour stimuler l’adoption

Pour encourager l’adoption, le plan propose de réduire les seuils pour les investisseurs professionnels et de réserver des tranches destinées aux particuliers dans les futures émissions d’obligations gouvernementales. Le Digital Bond Grant Scheme de la HKMA, qui rembourse actuellement 50 % des frais d’émission jusqu’à 2,5 millions de HKD (environ 320 000 USD), sera également élargi. De plus, des audits obligatoires de smart contracts seront mis en place pour rassurer les investisseurs internationaux.

Un contexte concurrentiel intense

Cette initiative s’inscrit dans une course mondiale pour dominer l’infrastructure des obligations tokenisées. Singapour, la Suisse (avec le SIX Digital Exchange), Londres et Luxembourg développent également des cadres réglementaires pour cette nouvelle classe d’actifs. Les enjeux sont considérables, car les inefficacités actuelles dans le règlement transfrontalier des obligations représentent un coût majeur pour les investisseurs institutionnels.

Cependant, certains éléments clés manquent encore à l’appel : des données de débit vérifiées indépendamment, des émetteurs institutionnels nommément engagés pour la phase 2026, ou un instrument réglementaire confirmant la certitude juridique de ChainFusion équivalente aux rails RTGS existants. Ces détails seront déterminants pour transformer l’ambition de Hong Kong en une réalité adoptée par les institutions.