Les entreprises ont longtemps traité l’intelligence artificielle comme un puzzle, assemblant modèles, infrastructures et données provenant de différents fournisseurs. Cette approche, efficace en phase pilote, se révèle bien plus complexe à déployer à grande échelle. C’est le constat que Thomas Kurian, CEO de Google Cloud, a dressé lors du Cloud Next ‘26. Sa solution ? Une « pile unifiée » qui intégrerait toutes les briques nécessaires à l’IA d’entreprise.

Une architecture pour surmonter la fragmentation

Google propose de lier ce qui est habituellement fragmenté : silicium personnalisé, modèles, données, applications et sécurité. Cette « pile unifiée » inclut des TPU spécifiques aux workloads, Gemini Enterprise pour construire des agents, et l’Agentic Data Cloud pour ancrer ces solutions dans le contexte métier. La sécurité des agents et de l’infrastructure est également mise en avant.

Pour David Linthicum, consultant indépendant, cette approche répond à un besoin urgent. « Les CIO sont submergés par la taxe d’intégration, qui alourdit les coûts de déploiement de l’IA », explique Ashish Chaturvedi, responsable de la recherche exécutive chez HFS Research. Google se positionne ainsi comme fournisseur d’une solution clé en main, contrairement à la norme actuelle où les entreprises assemblent des briques de différents fournisseurs.

Des avantages potentiels, mais des zones d’ombre

Shelly DeMotte Kramer, analyste principale chez Kramer & Company, souligne que cette offre pourrait séduire les CIO déjà engagés sur Google Cloud. Elle permettrait de réduire les risques d’intégration, d’accélérer le passage des pilotes à la production et de démocratiser l’IA au-delà du département IT, grâce notamment au Workspace Studio.

Cependant, les analystes émettent des réserves. Stephanie Walter, de HyperFRAME Research, questionne la clarté des offres proposées. « Google a annoncé beaucoup de choses d’un coup, et la façon dont les produits s’articulent reste floue », observe-t-elle. Les CIO apprécieront l’ambition, mais demanderont des schémas plus précis pour comprendre les limites entre Gemini Enterprise, la plateforme d’agents et les autres couches.

La guerre des piles unifiées

La concurrence avec AWS et Microsoft complique la donne. Ces géants promettent eux aussi des solutions pour passer de l’expérimentation à la production. Si cette convergence simplifie les choix stratégiques, elle ajoute une couche de complexité opérationnelle.

Paul Chada, cofondateur de Doozer AI, anticipe que les CIO opteront finalement pour deux couches distinctes : une plateforme principale de contrôle des agents et un écosystème secondaire. « Les narratifs similaires ne signifient pas des réalités opérationnelles équivalentes », rappelle David Linthicum.

En définitive, la décision pourrait reposer sur des critères non techniques : relations existantes, coûts de migration et niveau de confiance. Google devra donc convaincre au-delà des promesses technologiques.